Chaque semaine, Assas Legal Innovation part à la rencontre de professionnels afin d’échanger sur le thème de l’innovation en droit. 

Pour cette nouvelle édition, Ulysse Brasier a rencontré Jean-Marie Valentin, fondateur et ancien associé du cabinet d’avocats Sekri Valentin Zerrouk et confondateur de Seville More Helory, société qui a pour but d’accompagner la transformation des professions juridiques actuellement à l’oeuvre.

« Seville More Helory est une société technologique et de services dont la mission est d’assurer la transformation digitale des fonctions et des écosystèmes juridiques, en vecteur de compétitivité ». C’est ainsi que la société se présente et cette simple phrase condense à merveille à la fois les différentes facettes et l’unité de ce nouveau concept qu’est Seville More Helory.

« SMH » a été fondée sur la base d’un constat général : le passage d’une économie de l’offre de services juridiques, à une économie de la demande. Dorénavant, avec la digitalisation et l’ouverture du marché à de nouveaux acteurs, ce sont les entreprises et les justiciables qui chercheront dans la fonction juridique un service qui répond à leurs besoins réels, sans se contenter d’une offre limitée de services juridiques qui ne s’adapterait pas à ces besoins.

Selon Jean-Marie Valentin, la digitalisation et les nouvelles technologies vont transformer la fonction juridique. Celle-ci reposait sur le temps de travail. L’avocat d’hier était payé à la minute, sans considération réelle pour la valeur ajoutée de son travail. Mais la technologie actuelle a pour effet d’abolir le temps. Ce système, où l’avocat n’est qu’une force de travail (parfois excessivement onéreuse), ne peut plus perdurer. Les entreprises du XXIème siècle n’accepteront plus cette exception qu’est l’avocat payé au temps, tandis que les délais se raccourcissent dans tous les secteurs d’activité et que la plupart des services sont facturés à la prestation, sans se fonder nécessairement sur le temps qui y est consacré par le prestataire de service.

L’ancien associé fondateur de SVZ souligne également que l’économie future sera une économie de l’usage. En effet, avec l’opensource et l’intelligence artificielle, il faut publier, partager sa data, son expertise, son expérience : ce n’est qu’ainsi que les outils mis à disposition (comme les « legalbots » de Seville More Helory) et le savoir commun progressent, ce n’est qu’ainsi que les acteurs du marché deviendront plus performants. Finie l’époque où le meilleur cabinet d’avocats était celui qui avait les meilleurs modèles de contrat et la plus grande bibliothèque : à l’heure du numérique, la valeur ajoutée se situe ailleurs. Dorénavant, l’expertise open source, à laquelle chacun peut accéder, structurera le marché du droit différemment. Le monopole technologique ne sera plus de rigueur. Avec la solution cloud, fait observer Jean-Marie Valentin, le mode collaboratif est autrement plus compétitif. Le coût d’entrée sur le marché s’effondre donc. Il sera désormais plus rentable de collaborer avec les acteurs du marché du droit que de les concurrencer directement.

Ces facteurs auront pour effet de pousser les juristes à investir dans la haute valeur ajoutée de leur travail. Puisqu’ils ne vendent plus du temps ou une expertise secrètement gardée, ils devront, comme tous les autres acteurs économiques aujourd’hui, investir dans la recherche et le développement, pour diminuer leurs coûts et proposer des services encore plus adaptés aux besoins des opérateurs. Place à l’innovation dans le monde du droit.

Cette transformation est déjà en cours au sein des directions juridiques de certaines entreprises, remarque Jean-Marie Valentin, puisqu’elles ont internalisé une expertise juridique de haut niveau et privilégié des services émanant de systèmes collaboratifs. Les entreprises présentent en réalité des besoins radicalement différents de ceux auxquels étaient censés pourvoir la fonction juridique classique. Les acteurs du marché du droit sont aujourd’hui confrontés aux enjeux de compliance. La compliance est la plus simple traduction juridique d’un deal opérationnel, elle consiste en des prescriptions comportementales précises juridicisées, qui s’appliquent aux professionnels. Ces prescriptions nouvelles nécessitent d’offrir un contexte juridique permettant de s’y conformer le plus naturellement possible, sans que ces normes soient un frein ou une contrainte pour le développement du business. En réalité, les services juridiques des entreprises sont les cabinets d’avocats de demain, car les directions juridiques seront bien plus à même de répondre aux besoins des entreprises dans ce domaine. Elles mobiliseront des ressources externes et internes (avocats et juristes d’entreprises), qui travailleront collaborativement pour l’entreprise.

C’est en constatant toutes ces évolutions que Jean-Marie Valentin a eu l’idée de cofonder un outil de management de la fonction juridique, Seville More Helory.

Afin d’en comprendre les tenants et les aboutissants, penchons nous sur ses legalbots. Le bot est un agent logiciel automatique qui interagit avec des serveurs informatiques comme un programme client utilisé par un humain. Seville More Helory fonctionne avec la solution bot « Luis » de Microsoft. Plus cette solution est utilisée, plus elle est intelligente, d’où cette idée de modèle collaboratif, si chère à Jean-Marie Valentin (et si intrinsèquement liée à l’intelligence artificielle). Il faut donc « élever » les bots pour les rendre performants. Chez Seville More Helory, les 3 premiers dresseurs de legalbot sont des développeurs. Ils forment le bot à comprendre et répondre à toutes les questions juridiques possibles et imaginables. Le legalbot est donc un parfait exemple du fonctionnement de la technologie par l’usage ou la demande, et non par l’offre.

Derrière ces legalbots, qui répondent aux questions des usagers et les orientent dans leur recherche de services juridiques, se cache une workplace. Cet espace de travail collaboratif se compose d’outils et d’experts. Seville More Helory intègre ainsi à la workplace des legaltechs afin d’améliorer ses services. A ces outils s’ajoute une communauté d’avocats « onboardés » par l’usager sur la plateforme, qui, s’il ne trouve pas l’expertise qu’il recherche dans sa communauté, a la possibilité d’étendre sa recherche de services juridiques au-delà de son propre « cluster », c’est à dire d’accéder au grand legalcluster fondé par Seville More Helory et alimenté par l’ensemble des usagers de la plateforme. Ainsi, le client structure son propre cabinet d’avocat à sa main. Les profils proposés sont en effet personnalisés et ne sont pas effacés par la marque du cabinet pour lequel ils travaillent. Contrairement aux lawfirms dans lesquelles la lending page du site sont les associés, dans le legalcluster les gens sont payés non pas principalement pour où ils sont et qui ils sont, mais pour ce qu’ils font : c’est aussi cela un modèle collaboratif. Jean-Marie Valentin travaille sur ce legalcluster depuis plusieurs années et, grâce à ce réseau, a la possibilité d’offrir aux usagers de sa solution une expertise sans équivalent, a priori à moindre coût.

Ces solutions sont supervisées par l’équipe pluridisciplinaire de Seville More Helory, qui réunit des profils techniques (ingénieurs), de transformation (développeurs), de contrôle de gestion (managers) et des juristes, équipe qui ne cesse de s’accroître. Avis aux legaltechers, aux juristes 2.0, révolutionnaires ou tout simplement pragmatiques, aux directeurs juridiques, aux jeunes avocats talentueux, voire même aux futurs dresseurs de legalbots !

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